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Le Blog du Bac Français
vendredi 23 octobre 2020

Apollinaire « Zone »

En 1913, l’Europe est dans une position incontestablement dominante par rapport au reste du monde. Cette domination est militaire, économique, coloniale, culturelle, artistique, idéologique, politique… bref, elle est totale et multiforme, elle s’étend dans tous les domaines et elle est alors incontestée.

Les changements qui pourtant traversent les pays européens sont profonds et de nature à bouleverser les repères traditionnels, les fondements anthropologiques de toujours. Révolution industrielle, développement du capitalisme, mondialisation des échanges sont déjà, à cette époque des forces qui retravaillent les traditions et leur donnent une inflexion inédite. Les arts, sous la bannière de cette « modernité » brandie par les différentes avant-gardes connaissent une efflorescence remarquable et souvent surprenante. Même si une inquiétude diffuse est bien réelle et bien présente, personne ne semble prendre la mesure de l’immense catastrophe à venir.

Apollinaire est le témoin de ce monde. Témoin conscient, observateur attentif, poète enchanté et enchanteur, il traduit et il célèbre ce qu’il sent, ce qu’il voit et ce qu’il entend dans un langage nouveau, dans une poésie qui se veut le signe des temps, avec une confiance qui bientôt appartiendra aux choses du passé.

La Vidéo

Le Héron/La Fille

Les Fables de La Fontaine sont bien connues pour être de petits apologues mettant en scène des animaux. « Le Corbeau et le Renard », « Le lièvre et la tortue », « La Cigale et la fourmi » sont quelques uns des innombrables exemples de cette veine animalière.

Mais les Fables ont une histoire, elles ont une genèse. Leur rédaction s’est étendue sur plusieurs années et cela a laissé l’opportunité à Jean de La Fontaine d’affiner son projet, d’aiguiser son écriture, d’approfondir son art. Entre 1668, date de publication du premier recueil, d’où sont issues nombre de ses fables les plus célèbres, et 1678 date de publication du second recueil, il s’est passé dix ans. Aux morales de bon sens et d’édification se substituent des réflexions plus philosophiques, les sources d’inspiration se diversifient, la forme se travaille, et les personnages deviennent volontiers plus ambigus.

« Le Héron/La Fille » offre un bon exemple de cette évolution. Fable double autour d’une morale unique, elle permet à La Fontaine une variation sur un thème commun, une modulation de ses effets accordée à l’objet différent qu’il se donne dans chacun des deux récits : un animal dans le cas du héron, un être humain dans celui de la fille. L’animal est propice à la caricature, quand l’être humain est davantage chargé pour nous de tout un monde d’identifications complexes.

La Vidéo

La laitière et le pot au lait

«…et au terme de toutes mes aventures, je me suis retrouvé Gros-Jean comme devant…»

La langue française d’aujourd’hui foisonne de ces expressions désuètes qui sont pour nous comme l’écho d’un autre temps, comme le reflet à la fois proche et lointain d’une époque où, pour parler la même langue, nous n’avions pas exactement les mêmes cadres de référence, la même façon de penser, la même culture.

Les Fables de La Fontaine, abondamment étudiées dans nos écoles, portent en elles cet état passé de la langue. Que l’auteur ait forgé lui-même ou contribué à populariser des expressions telles que  » vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, aide-toi, le ciel t’aidera, montrer patte blanche, ce n’est pas la mer à boire, tirer les marrons du feu  » et tant d’autres, il est en tous cas certain que nous lui devons ce contact établi, ou rétabli avec une société aujourd’hui révolue, étonnamment proche de nous dans certains de ses aspects, étrangement éloignée quant à d’autres.

La laitière, avec son pot au lait renversé est précisément celle qui se retrouvera Gros-Jean comme devant. Comme devant quoi ? Eh bien comme devant que son âme, emportée par une flatteuse erreur, ne lui fasse par trop battre la campagne et construire force châteaux en Espagne.

La Vidéo

Si vous voulez vous procurer les Fables de La Fontaine en œuvre intégrale.

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne…

Victor Hugo a réussi dans ce petit poème de 12 vers ce qu’il a rarement pratiqué dans sa carrière : l’économie des moyens.

Ici, pas de grandes envolées, pas d’effusions sentimentales, pas de ces parallélismes et de ces grandes oppositions dont Hugo est friand et qu’il aime à conduire sur des dizaines, voire des centaines de vers.

Ici, seule la notation des menus faits d’un voyage qui s’annonce comme un rituel. Rien qu’un poème pour dire à sa fille : « Tiens-toi prête, je te rejoins. »

 

Pour télécharger le texte du poème, ainsi que le plan du commentaire : Textes et audio

Les Contemplations

Je suis comme le roi d’un pays pluvieux

Ainsi commence ce poème, l’un des quatre « Spleen » de la section « Spleen et Idéal » des Fleurs du Mal de Baudelaire.

S’il peut paraître enviable au commun des mortels « d’être le roi », la peinture que nous fait Baudelaire de ce royaume nous en fera rapidement passer l’envie. Le spleen est ce état de désespoir proche du néant, ouvert sur l’angoisse sans borne de l’infini.

Bonne lecture…