Un titre comme ça, pour des conseils de lecture, ça évoque tout de suite des histoires de fantômes et de zombies, aux frontières de l’étrange et du fantastique. Eh bien, ce n’est pas tout à fait vers ce genre de lecture que je vais pointer votre attention, mais bien plutôt sur des histoires réelles, sur des vrais morts, des vrais vivants, des vrais morts-vivants. Qu’est-ce que j’entends donc par là ?

Balzac, Le Colonel Chabert (1832)

Vous avez déjà certainement entendu parler de Balzac, célèbre romancier du XIXème siècle qui dans sa Comédie Humaine entendait faire concurrence à l’état civil. Il écrit en 1832 Le Colonel Chabert qui est précisément l’un de ces vrais revenants auxquels je faisais allusion. Au début de sa vie, Hyacinthe Chabert n’est rien, c’est un enfant trouvé, un orphelin, un enfant d’hôpital comme il le dit lui-même. L’Empire napoléonien, la période historique qui suit la révolution va faire du lui quelqu’un. Il s’illustre sur le champ de bataille aux côtés de Napoléon et est promu au grade très élevé, de Colonel de la garde impériale. Napoléon, qui est un véritable père adoptif pour Chabert l’anoblira même en le faisant Comte de l’Empire.

Mais voilà, Chabert meurt en héros sur le champ de bataille d’Eylau en 1807. Il est enterré dans la fosse commune et l’histoire poursuit son cours sans lui. En 1815, la célèbre bataille de Waterloo met fin à l’Empire, les armées étrangères envahissent la France et réinstallent un régime monarchique, la Restauration. C’est le retour à l’ordre ancien d’avant 1789, et la société est en quelque sorte purgée de tous ceux qui avaient joué un rôle important pendant l’Empire. Une autre époque s’ouvre, qui rejette aux oubliettes l’époque précédente.

Oui mais voilà… Quelqu’un se disant le Colonel Chabert revient à Paris. « Je suis le Colonel Chabert, mort à Eylau… » Il réclame sa fortune et sa femme, qui entre temps s’est remariée à un Comte de la Restauration. Elle est désormais la Comtesse Ferraud, et ne semble pas vouloir entendre parler de cet individu, qui lui rappelle un passé qu’elle voudrait enterré à tout jamais. Celui qui se dit Chabert est-il fou ? Est-il un usurpateur ? Est-il le vrai Chabert, mort à Eylau ? Et dans ce cas-là, parviendra-t-il à se faire reconnaître de sa femme et de toute une société, qui ne veut pas voir son passé ?

Un petit roman, ou une longue nouvelle, 150 pages environ, Le Colonel Chabert ou le drame d’être mort pour les autres quand on est bien vivant dans son corps…

Deux adaptations cinématographiques existent de cette œuvre de Balzac : l’une réalisé par René le Hénaff, avec Raimu en 1943, et l’autre, plus récente, en 1994 avec Gérard Depardieu dans le rôle de Chabert par Yves Angelo.

 

Odyssée, Homère.

Ce même thème se retrouve à l’origine de la littérature occidentale. Qui n’a pas entendu parler d’Ulysse et de son Odyssée, de toutes ses aventures et de sa longue errance sur la mer à la recherche de sa patrie, Ithaque et de sa femme, Pénélope ? Mais voilà, ça fait bientôt 20 ans qu’Ulysse est parti et que l’on est sans nouvelle de lui. Si sa femme et son fils gardent encore le vague espoir de le revoir, pour tous les autres, il est sûrement mort en quelque terre étrangère, peut-être même sans sépulture, ce qui est la pire chose qui puisse arriver à l’âme d’un grec. Mais nous le savons, nous lecteur de cette fabuleuse Odyssée, qu’Ulysse est bien vivant.

Un jour, la tempête le jette sur l’île des Phéaciens. Là, Nausicaa l’accueille et l’introduit auprès de son père, le Roi Alcinoos, qui reçoit cet étranger inconnu selon toutes les lois de l’hospitalité grecque. Il fait donner en son honneur un banquet ou un chanteur, un « aède », vient réciter toutes les vieilles légendes de la guerre de Troie. L’aède dans la culture grecque est un ciment de la société, ce qui relie entre eux les hommes autour d’un récit commun, l’équivalent de nos médias d’aujourd’hui.

Ulysse entend, par cette bouche qui chante, raconter sa propre histoire. Lui qui était mort au monde, le revoici vivant dans le récit et dans la mémoire des hommes ! Le chant de l’aède le bouleverse et il ne peut retenir ses larmes. L’hôte, Alcinoos, s’apercevant de son trouble fait interrompre le chanteur et demande à l’étranger de révéler son identité…

« Je suis Ulysse, fils de Laërte, dont les ruses sont fameuses partout… »

La littérature à son commencement et à son plus haut degré de perfection. Ce passage se situe dans les chants VIII et XI de l’Odyssée. On ne ressort pas d’une telle lecture sans en être profondément secoué.

 

Alexandre Dumas , Le Comte de Monte-Cristo (1844)

Retour au XIXème  à la période de transition historique entre l’Empire et la Restauration pour ce roman-fleuve, plutôt destiné à ceux qui aiment les pavés, il y a deux tomes.

Edmond Dantès est jeune, beau et est plein d’avenir. Lorsqu’il revient à Marseille en 1815 à bord du « Pharaon », il doit épouser Mercedes, une belle catalane qu’il aime et dont il est aimé. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais sa vie va basculer d’un coup dans le néant.

Un trio complote contre lui : Danglars, le comptable du bateau, briguait le poste de capitaine auquel vient d’être promu Edmond. Fernand Mondego, un pêcheur amoureux de Mercedes et rejeté par elle. Avec Caderousse, voisin et ami de Dantès, ils rédigent une lettre fictive le dénonçant comme comploteur bonapartiste. Cette lettre est adressée à M. Noirtier, le père, fidèle à l’empereur, du procureur Vilfort, homme de la Restauration. Vilfort sait que si le scandale atteint son père, il rejaillira sur lui et compromettra sa carrière. Il décide pour étouffer l’affaire de faire enfermer Dantès au château d’If, sur une île, sans jugement et sans que personne ne le sache.

Edmond Dantès disparaît du monde pour ceux qui l’entourent. Il sera privé de tout, y compris de son identité, ne sachant ce qui lui est reproché et ne sachant non plus combien sa réclusion allait durer. Peut-être allait elle durer pour toujours et allait-il mourir en prison sans nom, oublié de tous ? Un jour pourtant il s’échappe. Au péril de sa vie, il se jette à la mer et finira par être recueilli par un petit navire italien.

« — Quel quantième du mois tenons-nous ? demanda Dantès à Jacopo, qui était venu s’asseoir auprès de lui en perdant de vue le château d’If.

— Le 28 février, répondit celui-ci.

— De quelle année ? demanda encore Dantès.

— Comment, de quelle année ! Vous demandez de quelle année ?

— Oui, reprit le jeune homme, je vous demande de quelle année ?

— Vous avez oublié l’année où nous sommes ?

— Que voulez-vous ! j’ai eu si grand-peur cette nuit, dit en riant Dantès, que j’ai failli en perdre l’esprit ; si bien que ma mémoire en est demeurée toute troublée : je vous demande donc, le 28 de février, de quelle année nous sommes ?

— De l’année 1829, dit Jacopo.

Il y avait quatorze ans, jour pour jour, que Dantès avait été arrêté. »

Sa vengeance sera terrible…

Il existe aussi plusieurs adaptations au cinéma de cette histoire, notamment celle réalisée par Josée Dayan en 1999, avec Gérard Depardieu, ou la toute dernière, que je n’ai pas eu l’occasion de voir, réalisée par Denis de la Patellière en 2013.

 

Voilà pour ces quelques conseils de lecture, en espérant que vous y trouviez votre compte. Bonne lecture donc, et n’hésitez pas à poster vos commentaires pour faire part de vos impressions.