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Le Blog du Bac Français
samedi 24 octobre 2020

Le Héron/La Fille

Les Fables de La Fontaine sont bien connues pour être de petits apologues mettant en scène des animaux. « Le Corbeau et le Renard », « Le lièvre et la tortue », « La Cigale et la fourmi » sont quelques uns des innombrables exemples de cette veine animalière.

Mais les Fables ont une histoire, elles ont une genèse. Leur rédaction s’est étendue sur plusieurs années et cela a laissé l’opportunité à Jean de La Fontaine d’affiner son projet, d’aiguiser son écriture, d’approfondir son art. Entre 1668, date de publication du premier recueil, d’où sont issues nombre de ses fables les plus célèbres, et 1678 date de publication du second recueil, il s’est passé dix ans. Aux morales de bon sens et d’édification se substituent des réflexions plus philosophiques, les sources d’inspiration se diversifient, la forme se travaille, et les personnages deviennent volontiers plus ambigus.

« Le Héron/La Fille » offre un bon exemple de cette évolution. Fable double autour d’une morale unique, elle permet à La Fontaine une variation sur un thème commun, une modulation de ses effets accordée à l’objet différent qu’il se donne dans chacun des deux récits : un animal dans le cas du héron, un être humain dans celui de la fille. L’animal est propice à la caricature, quand l’être humain est davantage chargé pour nous de tout un monde d’identifications complexes.

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La laitière et le pot au lait

«…et au terme de toutes mes aventures, je me suis retrouvé Gros-Jean comme devant…»

La langue française d’aujourd’hui foisonne de ces expressions désuètes qui sont pour nous comme l’écho d’un autre temps, comme le reflet à la fois proche et lointain d’une époque où, pour parler la même langue, nous n’avions pas exactement les mêmes cadres de référence, la même façon de penser, la même culture.

Les Fables de La Fontaine, abondamment étudiées dans nos écoles, portent en elles cet état passé de la langue. Que l’auteur ait forgé lui-même ou contribué à populariser des expressions telles que  » vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, aide-toi, le ciel t’aidera, montrer patte blanche, ce n’est pas la mer à boire, tirer les marrons du feu  » et tant d’autres, il est en tous cas certain que nous lui devons ce contact établi, ou rétabli avec une société aujourd’hui révolue, étonnamment proche de nous dans certains de ses aspects, étrangement éloignée quant à d’autres.

La laitière, avec son pot au lait renversé est précisément celle qui se retrouvera Gros-Jean comme devant. Comme devant quoi ? Eh bien comme devant que son âme, emportée par une flatteuse erreur, ne lui fasse par trop battre la campagne et construire force châteaux en Espagne.

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Si vous voulez vous procurer les Fables de La Fontaine en œuvre intégrale.

Orwell, 1984

Lorsqu’en 1948, George Orwell écrit 1984, il s’inspire directement de ce qu’il a pu voir à l’oeuvre, de fraîche date, dans les régimes totalitaires, tant de droite que de gauche. Russie soviétique, Allemagne nazie et Italie fasciste entrent à des titres divers comme matériau et source d’inspiration pour l’élaboration de cette fiction qui en tire la quintessence totalitaire. Il y a donc pour le lecteur contemporain d’Orwell une sorte d’intérêt à la lecture de ce roman, lié aux développements récents de la géopolitique et de l’Histoire. Le lecteur de l’après-guerre peut, à bon droit, aborder cette oeuvre sous l’angle du « cauchemar auquel nous avons échappé ».

Il en va légèrement différemment de nos jours, et les raisons que nous avons de lire aujourd’hui le roman ne sont plus tout à fait les même que celles qui ont valu par le passé. Acquérant une seconde jeunesse, le texte d’Orwell se rapproche de façon frappante de notre monde quotidien, à moins que ce ne soit lui qui en vienne à coller de manière de plus en plus évidente à cette dystopie paroxystique : Surveillance de la population, police du langage, police de la pensée, réécriture du passé, état de guerre permanent, adhésion aux dogmes et aux vérités officielles, j’en passe et des meilleures, des vertes et des pas mûres, 1984 possède de plus en plus, pour nous, l’aspect d’une réelle prophétie. C’est à tout le moins un miroir grossissant qui nous ouvre les yeux sur le monde tel qu’il va. Il faut lire 1984, et il faut le lire maintenant.

La vidéo

Pour lire le roman en traduction française : 1984

En langue originale : 1984

Il existe également un film de Michael Radford, adapté du roman, et qui s’intitule lui aussi 1984 John Hurt joue le rôle de Winston Smith. Le film est sorti en l’an 1984.

Le savoir ou l’opinion ?

Quoi de plus généreux que le projet encyclopédique porté par les philosophes du XVIIIème siècle, Diderot et D’Alembert en tête ?

Rassembler un vaste savoir à propos de toutes les sciences, de tous les arts et de tous les métiers, et le rendre disponible et accessible au plus grand nombre, pour le bénéfice de la pure connaissance et de l’esprit de raison qui souffle sur l’Europe occidentale à ce moment de l’histoire ! Quoi de plus désintéressé qu’une semblable entreprise ? Quoi de plus noble et de plus élevé?

Sauf que… le projet annoncé et claironné n’est pas exactement celui qui est effectivement poursuivi.

Derrière ces connaissances objectives et neutres se cachent des opinions, celles des rédacteurs de l’Encyclopédie. Derrière la pure analyse conceptuelle, il y a le combat d’idées, le combat politique, le combat anti-religieux. Cette ambiguïté comme nous allons le voir, n’est nullement fortuite ou accidentelle, mais fait pleinement partie de la stratégie argumentative et est assumée comme telle bien qu’elle ne soit jamais explicitée par les « philosophes » eux-mêmes.

 

De l’esclavage des nègres

Le XVIII ème siècle est, comme chacun le sait, la période des « lumières » : Débarrassé d’un obscurantisme séculaire et abrutissant, l’homme moderne émerge dans la gloire de sa Raison, prêt à mener le légitime combat qui devra faire triompher la justice et l’égalité, enfin complètes, entre tous et toutes…

Si cela semble un peu caricatural, c’est bien parce que cela l’est ! Il pourrait être très intéressant de nous interroger sur la naïveté de ces représentations et c’est ce que nous ferons à n’en pas douter une autre fois. Je prends date…

Pour ce qui est de nos lumières, elles semblent toutes entières prises dans la foi en une eschatologie laïque. Avec l’état final de bonheur pour tous et de complétude universelle en ligne de mire, la réalité semble cependant quelque peu boucher la perspective : Comment, par exemple parler d’égalité à tout propos lorsque l’esclavage et les traites négrières battent leur plein, même si cela est un peu loin de nos regards ? Eh bien par exemple comme le fait Montesquieu, d’une façon qui ne va pas de soi…