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Le Blog du Bac Français
lundi 24 septembre 2018

« J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans. »

Pour qui est un peu familier des Fleurs du Mal, ces mots rappellent immanquablement le sentiment d’angoisse et d’ennui profond que Baudelaire désigne par ce mot anglais de Spleen.

Le Spleen sonne aux oreilles françaises comme un mal étrange et fantastique, comme l’opiniâtre voyelle longue qui fraye son chemin jusqu’à l’intérieur de nos cerveaux pour y semer son oeuvre de destruction physique et métaphysique.

Il faudra quatre poèmes portant ce même titre dans les Fleurs du Mal pour essayer de donner une image de ce qui excède les possibilités de la représentation et de ce qui dépasse les capacités de la langue française. Voici l’une de ces tentatives :

 

« Dis-moi, ton coeur parfois s’envole-t-il, Agathe ? »

C’est par ces mots pressants, par cet appel jaillissant que Baudelaire se voit franchir en compagnie de l’être aimé, les immenses distances qui séparent l’ici-bas d’un ailleurs rêvé. A l’enthousiasme du départ succède cependant assez rapidement, le désenchantement et la désillusion.

L’âme se retrouve alors esseulée et triste, Moesta et Errabunda comme on dit en latin. De là, rien ne l’empêche plus de se livrer avec délices aux affres morbides et angoissantes du Spleen, elle qui avait si fort désiré un Idéal hors de sa portée.

 

Dette financière et dette morale

C’est ce thème dont Maupassant s’empare avec un art consommé du récit dans la petite nouvelle de 1884 qui s’intitule La Parure.

Pour rembourser une dette d’argent, Mathilde Loisel accepte de se sacrifier et de mener une vie misérable. Ses rêves de jeune fille étaient pourtant grands comme le monde. Mais elle est honnête : Ce qu’elle doit, elle le doit, et elle va mettre un point d’honneur à tout rembourser, jusqu’au dernier sou. Pour se conformer à cet impératif moral, elle va accepter de s’humilier jusqu’au dernier degré et de quotidiennement subir les insultes des gens les plus méprisables.

Héroïsme ?

Il y a cependant le fameux « elle ne le savait pas… »

Cette dette sur l’autel duquel elle a accepté de sacrifier tout ce qui lui était le plus cher est-elle bien réelle ? Pauvre Mathilde…

 

L’Albatros

Tout le monde connait ou a entendu parler de ce poème des Fleurs du Mal. Cela vient sûrement de sa lisibilité et de la facilité avec laquelle on peut le comprendre. Sa signification est en effet assez transparente et n’offre pas au lecteur de défi interprétatif trop compliqué à relever : Le poète, comme l’albatros, est un être qui plane lorsqu’il est dans les airs, mais qui souffre au niveau du sol.

Cependant, si ce poème est aussi célèbre et s’il continue d’exercer sa magie bien qu’il n’y ait « rien à comprendre », c’est que Baudelaire y a mis tout son art et a réussi plus que jamais à élever cette figure de la royauté déchue au rang de symbole.

 

 

Si vous ne vous êtes pas déjà procuré l’ouvrage en oeuvre intégrale : Les Fleurs du Mal

Le savoir ou l’opinion ?

Quoi de plus généreux que le projet encyclopédique porté par les philosophes du XVIIIème siècle, Diderot et D’Alembert en tête ?

Rassembler un vaste savoir à propos de toutes les sciences, de tous les arts et de tous les métiers, et le rendre disponible et accessible au plus grand nombre, pour le bénéfice de la pure connaissance et de l’esprit de raison qui souffle sur l’Europe occidentale à ce moment de l’histoire ! Quoi de plus désintéressé qu’une semblable entreprise ? Quoi de plus noble et de plus élevé?

Sauf que… le projet annoncé et claironné n’est pas exactement celui qui est effectivement poursuivi.

Derrière ces connaissances objectives et neutres se cachent des opinions, celles des rédacteurs de l’Encyclopédie. Derrière la pure analyse conceptuelle, il y a le combat d’idées, le combat politique, le combat anti-religieux. Cette ambiguïté comme nous allons le voir, n’est nullement fortuite ou accidentelle, mais fait pleinement partie de la stratégie argumentative et est assumée comme telle bien qu’elle ne soit jamais explicitée par les « philosophes » eux-mêmes.

 

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