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Le Blog du Bac Français
jeudi 24 mai 2018

Dette financière et dette morale

C’est ce thème dont Maupassant s’empare avec un art consommé du récit dans la petite nouvelle de 1884 qui s’intitule La Parure.

Pour rembourser une dette d’argent, Mathilde Loisel accepte de se sacrifier et de mener une vie misérable. Ses rêves de jeune fille étaient pourtant grands comme le monde. Mais elle est honnête : Ce qu’elle doit, elle le doit, et elle va mettre un point d’honneur à tout rembourser, jusqu’au dernier sou. Pour se conformer à cet impératif moral, elle va accepter de s’humilier jusqu’au dernier degré et de quotidiennement subir les insultes des gens les plus méprisables.

Héroïsme ?

Il y a cependant le fameux « elle ne le savait pas… »

Cette dette sur l’autel duquel elle a accepté de sacrifier tout ce qui lui était le plus cher est-elle bien réelle ? Pauvre Mathilde…

 

L’Albatros

Tout le monde connait ou a entendu parler de ce poème des Fleurs du Mal. Cela vient sûrement de sa lisibilité et de la facilité avec laquelle on peut le comprendre. Sa signification est en effet assez transparente et n’offre pas au lecteur de défi interprétatif trop compliqué à relever : Le poète, comme l’albatros, est un être qui plane lorsqu’il est dans les airs, mais qui souffre au niveau du sol.

Cependant, si ce poème est aussi célèbre et s’il continue d’exercer sa magie bien qu’il n’y ait « rien à comprendre », c’est que Baudelaire y a mis tout son art et a réussi plus que jamais à élever cette figure de la royauté déchue au rang de symbole.

 

 

Si vous ne vous êtes pas déjà procuré l’ouvrage en oeuvre intégrale : Les Fleurs du Mal

Le savoir ou l’opinion ?

Quoi de plus généreux que le projet encyclopédique porté par les philosophes du XVIIIème siècle, Diderot et D’Alembert en tête ?

Rassembler un vaste savoir à propos de toutes les sciences, de tous les arts et de tous les métiers, et le rendre disponible et accessible au plus grand nombre, pour le bénéfice de la pure connaissance et de l’esprit de raison qui souffle sur l’Europe occidentale à ce moment de l’histoire ! Quoi de plus désintéressé qu’une semblable entreprise ? Quoi de plus noble et de plus élevé?

Sauf que… le projet annoncé et claironné n’est pas exactement celui qui est effectivement poursuivi.

Derrière ces connaissances objectives et neutres se cachent des opinions, celles des rédacteurs de l’Encyclopédie. Derrière la pure analyse conceptuelle, il y a le combat d’idées, le combat politique, le combat anti-religieux. Cette ambiguïté comme nous allons le voir, n’est nullement fortuite ou accidentelle, mais fait pleinement partie de la stratégie argumentative et est assumée comme telle bien qu’elle ne soit jamais explicitée par les « philosophes » eux-mêmes.

 

Une Charogne

Quelques poèmes des Fleurs du Mal sont pour nous particulièrement emblématiques de ce qu’a cherché à y faire l’auteur. Ils nous semblent concentrer en eux tout le projet de Baudelaire, toute son esthétique, et en particulier cette tentative « d’extraire la beauté du mal ».

Ainsi en va-t-il de ce poème, « Une Charogne », qui propose à notre admiration et à notre méditation, un objet vraiment répugnant. La vie, la mort ; l’horreur et le sublime se mêlent et revêtent, grâce à l’art de Baudelaire, des couleurs inattendues…

 

De l’esclavage des nègres

Le XVIII ème siècle est, comme chacun le sait, la période des « lumières » : Débarrassé d’un obscurantisme séculaire et abrutissant, l’homme moderne émerge dans la gloire de sa Raison, prêt à mener le légitime combat qui devra faire triompher la justice et l’égalité, enfin complètes, entre tous et toutes…

Si cela semble un peu caricatural, c’est bien parce que cela l’est ! Il pourrait être très intéressant de nous interroger sur la naïveté de ces représentations et c’est ce que nous ferons à n’en pas douter une autre fois. Je prends date…

Pour ce qui est de nos lumières, elles semblent toutes entières prises dans la foi en une eschatologie laïque. Avec l’état final de bonheur pour tous et de complétude universelle en ligne de mire, la réalité semble cependant quelque peu boucher la perspective : Comment, par exemple parler d’égalité à tout propos lorsque l’esclavage et les traites négrières battent leur plein, même si cela est un peu loin de nos regards ? Eh bien par exemple comme le fait Montesquieu, d’une façon qui ne va pas de soi…

 

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