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Le Blog du Bac Français
dimanche 27 septembre 2020

Hamlet, Shakespeare

Rarement une œuvre, dans l’histoire de la littérature mondiale, aura fait couler autant d’encre. Les études critiques, commentaires, allusions, citations, les reprises ou les adaptations d’Hamlet sont si nombreuses qu’on en perd le compte. Il semble que Shakespeare ait atteint avec cette pièce le coeur de quelque chose qui reste cependant étrangement mystérieux à tous ses commentateurs. Les interprétations les plus contradictoires -parfois les plus délirantes, ont été faites à son sujet, et continuent à être faites sans qu’aucune ne puisse s’imposer définitivement aux dépens des autres comme étant la plus légitime. Shakespeare lui-même n’a naturellement pas donné la clé de sa pièce, n’a rien laissé en évidence qui permettrait de trancher, hors le texte bien sûr…

Et ce texte est remarquablement ambigu et complexe, malgré une apparente lisibilité de l’intrigue. A chaque ligne, équivoques et signes viennent peupler le corps d’un dialogue qui semble transparent de prime abord, mais qui s’opacifie de plus en plus à mesure que l’on progresse et à mesure que le personnage d’Hamlet lui-même s’enfonce inexorablement dans les méandres de son âme malade et dans les inextricables contradictions auxquelles son inaction l’expose.

Je vous propose ici un parcours à travers cette œuvre énigmatique et géniale qui laissera sans doute plus de questions en suspens qu’elle n’apportera de réponses. J’espère en tous cas que cela permettra d’y jeter quelques lumières, ainsi que leurs ombres.

La vidéo : Partie 1, partie 2, partie 3.

Le Héron/La Fille

Les Fables de La Fontaine sont bien connues pour être de petits apologues mettant en scène des animaux. « Le Corbeau et le Renard », « Le lièvre et la tortue », « La Cigale et la fourmi » sont quelques uns des innombrables exemples de cette veine animalière.

Mais les Fables ont une histoire, elles ont une genèse. Leur rédaction s’est étendue sur plusieurs années et cela a laissé l’opportunité à Jean de La Fontaine d’affiner son projet, d’aiguiser son écriture, d’approfondir son art. Entre 1668, date de publication du premier recueil, d’où sont issues nombre de ses fables les plus célèbres, et 1678 date de publication du second recueil, il s’est passé dix ans. Aux morales de bon sens et d’édification se substituent des réflexions plus philosophiques, les sources d’inspiration se diversifient, la forme se travaille, et les personnages deviennent volontiers plus ambigus.

« Le Héron/La Fille » offre un bon exemple de cette évolution. Fable double autour d’une morale unique, elle permet à La Fontaine une variation sur un thème commun, une modulation de ses effets accordée à l’objet différent qu’il se donne dans chacun des deux récits : un animal dans le cas du héron, un être humain dans celui de la fille. L’animal est propice à la caricature, quand l’être humain est davantage chargé pour nous de tout un monde d’identifications complexes.

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La laitière et le pot au lait

«…et au terme de toutes mes aventures, je me suis retrouvé Gros-Jean comme devant…»

La langue française d’aujourd’hui foisonne de ces expressions désuètes qui sont pour nous comme l’écho d’un autre temps, comme le reflet à la fois proche et lointain d’une époque où, pour parler la même langue, nous n’avions pas exactement les mêmes cadres de référence, la même façon de penser, la même culture.

Les Fables de La Fontaine, abondamment étudiées dans nos écoles, portent en elles cet état passé de la langue. Que l’auteur ait forgé lui-même ou contribué à populariser des expressions telles que  » vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, aide-toi, le ciel t’aidera, montrer patte blanche, ce n’est pas la mer à boire, tirer les marrons du feu  » et tant d’autres, il est en tous cas certain que nous lui devons ce contact établi, ou rétabli avec une société aujourd’hui révolue, étonnamment proche de nous dans certains de ses aspects, étrangement éloignée quant à d’autres.

La laitière, avec son pot au lait renversé est précisément celle qui se retrouvera Gros-Jean comme devant. Comme devant quoi ? Eh bien comme devant que son âme, emportée par une flatteuse erreur, ne lui fasse par trop battre la campagne et construire force châteaux en Espagne.

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Le Pouvoir des Fables

Au XVII ème siècle, la fable est un genre mineur. Lorsqu’on est un grand auteur à cette époque, on s’attaque au genre théâtral -surtout dans la veine tragique, ou à la poésie. La Fontaine quant à lui, a pendant longtemps, cherché son style et son orientation. Personnage à part et quelque peu marginal dans sa vie comme dans son œuvre, il réussit malgré tout à imposer sa marque sur les lettres françaises, il réussit à mettre à la mode -avant qu’elle ne devienne populaire, sa vision de la littérature.

Nombreux sont les passages dans son œuvre (préfaces, dédicaces, avertissements…) où il défend le genre de la Fable, en souligne l’utilité et l’originalité. Nous avons ici dans « Le pouvoir des fables » un cas particulier. C’est un plaidoyer pour les fables qui prend place au sein d’une fable, procédé que nous connaissons sous le nom de « mise en abyme ». Nous allons ici essayer de faire jouer les ressorts de cette fable au second degré.

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Les Fleurs du Mal

Lorsqu’elles paraissent en 1857, ces Fleurs du Mal font scandale. Oeuvre d’une vie, fruit de nombreuses années d’élaboration et d’un travail assidu, le recueil de Baudelaire synthétise la quintessence de son expérience poétique, qui est en même temps une expérience existentielle, une manière d’appréhender et de sentir le monde

A parcourir le compte-rendu du procès des Fleurs du Mal, on constate que le procureur Pinard (sic), pour accusateur qu’il soit, n’en est pas moins un lecteur attentif et intelligent de l’oeuvre, qui évolue dans son réquisitoire aux marges de la fascination. Las, il parviendra tout de même à faire censurer six poèmes.

Et il est intéressant, pour qui étudie Baudelaire de près, de s’intéresser au procès et à ses enjeux, aux passions qui se sont affrontées lors de débats qui ne sont anachroniques qu’en apparence. Ces controverses autour de l’art et de la morale, si elles se sont déplacées dans leurs présupposés, n’en gardent pas moins toute leur actualité.

Mais au-delà de ces péripéties judiciaires, pour tourmenté et sujet au désespoir qu’il soit, Baudelaire aura quand même réussi, et de manière éclatante, à mener à bien l’essentiel de son projet : sauver quelque chose du terrible naufrage de l’existence, de la corrosion du Spleen et de l’empire de la mort, sauver quelque chose et nous le donner, nous l’offrir sous forme de vers aux résonances infinies, qui roulent en nous leurs échos, et nous roulent, nous aussi, dans les replis de leur musique.

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